une réforme qui accentue la dérive
présidentialiste de la Ve République sans que s'opère un réel rééquilibrage en faveur du Parlement
Le Parlement réuni en Congrès a adopté lundi 21 juillet 2008, le projet de loi
de modernisation des institutions par 539 voix contre 357, soit une seule voix de plus que la majorité requise des 3/5ème des suffrages exprimés.
Ce Congrès a été celui des occasions gâchées. Aucune des avancées démocratiques
proposées par l’opposition n’a été retenue. Sur ces sujets, le compromis pour la majorité était à l’évidence impossible. Les concessions n’ont intéressé que les groupes de la majorité. Ce fut
notamment le cas pour l’adaptation du référendum automatique relatif aux nouvelles adhésions à l’Union européenne, la prise en compte du pluralisme
et la reconnaissance de groupes minoritaires appartenant à la majorité. La réalité finale est simple, un compromis laborieux interne à l’UMP, des concessions aux centristes et le refus d’un
dialogue réel avec l’opposition.
Les socialistes ont pleinement exercé leur droit d’amendements (80 en
1ère lecture et 53 en 2nde lecture). Sur les points essentiels, le texte a été retouché à la marge, ce qui justifie notre vote contre. Sont venues ensuite après que le débat ait eu lieu, les promesses présidentielles de dernières minutes, par voie de presse, les manœuvres, débauchages et pressions en tout genre.
Moderniser les institutions était un objectif que nous partagions. Le discours
du Gouvernement prétend corriger les déséquilibres institutionnels actuels mais dans la réalité ils sont maintenus, voire
accentués.
Le groupe socialiste a exprimé une opposition déterminée au projet de loi
constitutionnelle parce que cette réforme est un faux-semblant. L’affiche ne correspond pas au scénario ; il y a tromperie. La question posée n’était pas pour
ou contre Nicolas Sarkozy.
Elle devait s’articuler autour de trois
orientations principales : un pouvoir exécutif mieux contrôlé, un Parlement profondément renforcé et des droits nouveaux pour les citoyens.
A la lecture des 47 articles modifiés ou créés,
qui constituent le texte de cette réforme, il ressort au contraire que cette réforme accentue la présidentialisation de la Vème République,
accorde une revalorisation plus virtuelle que réelle pour le Parlement . Pour tout dire, l’exécutif amplifie son pouvoir. En ce qui concerne la représentativité du Parlement chacun sait à quoi
s’en tenir. Même si dans le texte de l’exposé des motifs du projet de loi était précisé en exergue « Un Parlement renforcé est enfin un Parlement plus
représentatif ».
Le combat politique sincère exige ne pas s’attacher au seul contexte mais d’analyser également le texte de la réforme :
Le droit de message du président de la République
annonce l’effacement du premier ministre qui reste pourtant seul responsable devant le Parlement.
Il en va de même avec le retour des ministres au
Parlement. La limitation du nombre de mandats consécutifs à deux est une limitation purement cosmétique.
L’encadrement du recours aux pouvoirs
exceptionnels de l’article 16 restaure une disposition dont l’existence même est contestable.
La limitation du droit de grâce au seul droit
grâce individuel (donc à l’exclusion des grâces collectives) revient à constitutionaliser un choix personnel, liant ses
successeurs.
Les pouvoirs du Parlement sont plus formels que réels.
La maîtrise de la moitié de l’ordre du jour par
les assemblées présentée comme un fleuron de cette réforme est en réalité un réaménagement car les décisions de la Conférence des présidents en matière de programme de travail seront
comptables des choix du gouvernement.
L’examen en séance publique du texte issu des
travaux de la commission saisie au fond est présenté comme une autre des mesures phares de la revalorisation du Parlement mais elle s’accompagne d’une probable remise en cause du droit
d’amendement.
L’usage du 49-3 est encadré de façon telle qu’il
ne remet pas en cause la pratique habituelle de son usage.
Le Parlement est associé au pouvoir de nomination
de l’exécutif mais selon une procédure qui n’a aucune chance de s’appliquer.
Le droit reconnu aux assemblées de voter des
résolutions dépendra du bon vouloir du gouvernement.
La réforme impose des délais minima d’examen des
textes mais avec de nombreuses dérogations qui en affaiblissent la portée.
Les limitations apportées à la procédure
d’urgence sont rédigées de telle manière que le gouvernement sera toujours autorisé à la déclarer autant de fois qu’il le souhaite.
La reconnaissance des droits des groupes d’opposition est
renvoyée au règlement des assemblées et donc aux concessions de la majorité de l’assemblée concernée. La journée mensuelle d’initiative parlementaire, initialement réservée à l’opposition, sera partagée
avec les groupes minoritaires !
Les socialistes ont toujours été cohérents et
constructifs.
Ils le sont sur le vote des étrangers
extracommunautaires aux élections locales, sur la limitation du nombre de mandats présidentiels, sur le référendum d’initiative populaire, sur
l’encadrement effectif du 49-3, sur l’élargissement du nombre des commissions permanentes, sur la saisine du Conseil constitutionnel par les citoyens, sur la création d’un défenseur des
droit, sur la reconnaissance de droits pour l’opposition.
Ceux qui accusent la gauche de ne pas avoir saisi l’opportunité d’accomplir ces
réformes omettent volontairement le fait que leur traduction constitutionnelle exigeait l’accord du Sénat. Or, le Sénat, comme Méphistophélès dans le « Faust »
de Goethe,
incarne « l'esprit qui toujours nie ».
Le Sénat, cette chambre de l’impossible alternance, a usé une nouvelle fois de
l’opportunité que lui offre chaque réforme constitutionnelle pour conforter sa situation. Bien sûr il l’a obtenu au travers des lois organiques nécessaires à la mise en œuvre de la réforme
constitutionnelle et qui devront être adoptés en termes identiques. Mais il l’a fait surtout au travers de la pérennisation de son mode de scrutin et de la constitutionnalisation de la
jurisprudence du Conseil constitutionnel issue de sa décision du 6 juillet 2000. Le Gouvernement a cédé aux injonctions des sénateurs UMP qui conserveront leur mode d’élection et leur pouvoir de
bloquer toute révision tentant de mettre fin à cette anomalie. Peu importe que les citoyens accordent une large majorité à la gauche dans les collectivités territoriales, le Sénat, censé en
assurer la représentation, restera inexorablement à droite !
La modernisation des institutions aurait impliqué au moins que soit respecté le principe le plus élémentaire de la démocratie : l’expression du suffrage universel détermine la majorité d’une
assemblée parlementaire. Or ce n’est pas le cas du Sénat.(...)
Par les Sénateurs Socialistes
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